Auteur : Salomon F. Owona (Entrepreneur, Vibe-Coder, Musicien)
Introduction
Au cœur du Cameroun, des rues animées de Douala aux hautes terres sereines de Bamenda, une révolution silencieuse redessine nos horizons et nos communautés. C’est une révolution construite non pas uniquement sur du béton et de l’acier, mais sur un profond respect pour notre environnement, notre héritage et notre avenir. La construction durable n’est plus un concept de niche réservé aux pays du Nord ; c’est un impératif urgent et une opportunité en or pour le Cameroun. En tant qu’entrepreneur qui croit en l’harmonisation du progrès et de la tradition, je vois les matériaux de construction durables comme la fusion ultime de la sagesse ancestrale et de l’innovation moderne. Ce voyage va au-delà de la simple réduction de l’empreinte carbone ; il s’agit de créer des espaces de vie plus sains, d’autonomiser les économies locales et de renforcer la résilience face au changement climatique. Dans cet article, nous parcourrons le chemin qui va des matériaux traditionnels éprouvés, qui ont abrité des générations de Camerounais, aux alternatives modernes de pointe qui définissent notre avenir. Nous explorerons le contexte camerounais unique, identifierons les tendances actuelles et envisagerons un futur où nos bâtiments seront le témoignage de notre identité culturelle et de notre ambition visionnaire.
Contenu principal
Section 1 : Le socle de la tradition – Les matériaux durables indigènes du Cameroun
Bien avant que le terme « durabilité » n’entre dans notre lexique, les bâtisseurs camerounais en étaient des maîtres. Notre héritage architectural est une riche tapisserie de matériaux localement sourcés, à faible impact et intelligemment adaptés au climat.
La terre et l’argile : Le matériau traditionnel le plus répandu est la terre, utilisée dans des techniques comme l’adobe (briques séchées au soleil) et la terre battue. Dans les régions du nord, particulièrement les monts Mandara, les structures en terre compactée offrent une excellente masse thermique, gardant les intérieurs frais le jour et chauds la nuit. La Grande Mosquée de Ngaoundéré est un témoignage historique de la durabilité et de la beauté de l’architecture en terre.
Le bambou et le raphia : Dans les régions forestières du sud et de l’ouest, le bambou est une superstar. C’est une herbe à renouvellement rapide dont la résistance à la traction rivalise avec l’acier. Utilisé pour les échafaudages, les toitures et l’ossature des murs, le bambou est léger, flexible et abondamment disponible. De même, le raphia fournit un chaume durable pour les toits, offrant une isolation superbe et un drainage naturel des eaux de pluie, comme on le voit dans les maisons traditionnelles Bakweri autour du mont Cameroun.
La pierre latéritique : Ce sol rougeâtre riche en fer durcit à l’exposition à l’air, formant un bloc de construction robuste. Exploitée localement, elle nécessite un traitement minimal et est utilisée depuis des siècles pour les fondations et les murs, réduisant le besoin de briques cuites ou de parpaings énergivores.
Le bois durable : Traditionnellement, le bois était utilisé avec parcimonie, provenant de forêts locales gérées pour les éléments structurels principaux, les portes et les cadres de fenêtres. Des espèces comme l’Iroko et l’Azobé (Ekki), réputées pour leur résistance naturelle aux parasites et à la pourriture, étaient préférées pour leur longévité.
La logique durable : Ces matériaux affichent une « énergie grise » (l'énergie consommée lors de la production et du transport) quasi nulle. Ils sont biodégradables, non toxiques, et leur production soutient la main-d’œuvre et les systèmes de savoirs locaux. Cependant, des défis comme la durabilité perçue face aux fortes pluies, le manque de standardisation et l’intensité de la main-d’œuvre manuelle ont conduit à un déclin de leur utilisation dans les projets modernes.
Section 2 : Le virage moderne et le dilemme du béton
La quête de « modernisation » dans la seconde moitié du XXe siècle a entraîné un virage spectaculaire vers des matériaux importés ou produits industriellement. Le ciment et le béton sont devenus des symboles de développement et de permanence.
Si le béton offre résistance et polyvalence, son coût environnemental au Cameroun est significatif :
Énergie grise élevée : La production de ciment est extrêmement énergivore et une source majeure d’émissions de CO2 dans le monde. Le ciment camerounais, principalement issu d’usines locales comme CIMENCAM et DANGOTE, suit ce procédé fortement carboné.
L’extraction de sable : La demande de sable de rivière pour le béton contribue à l’érosion, à la destruction des écosystèmes et à l’altération des cours d’eau, un problème visible le long de fleuves comme le Wouri.
Inefficacité thermique : Les parpaings de béton, sans isolation, sont peu performants sous notre climat tropical, conduisant à des intérieurs surchauffés et à une dépendance à la climatisation énergivore.
Drainage économique : Bien qu’il existe une production locale, l’industrie dépend fortement d’équipements et de pièces importés, et le coût du ciment fluctue, impactant les budgets des projets dans tout le pays.
Cela a créé un paradoxe : la recherche d’un habitat moderne sapait la santé environnementale et échouait souvent à fournir un confort thermique optimal.
Section 3 : La synthèse – Matériaux durables modernes et tendances camerounaises actuelles
Aujourd’hui, les développements les plus passionnants ne consistent pas à abandonner la tradition ou la technologie moderne, mais à les synthétiser. La tendance actuelle est une « durabilité hybride » qui exploite l’innovation pour améliorer les matériaux traditionnels et en créer de nouveaux, plus efficaces.
1. Les matériaux traditionnels améliorés :
Blocs de Terre Comprimée Stabilisée (BTCS) : C’est un changement de paradigme. La terre locale est mélangée à un faible pourcentage (3-10%) de ciment ou de chaux, puis compressée hydrauliquement. Le résultat est un bloc doté d’une résistance 2 à 3 fois supérieure à l’adobe traditionnel, d’une résistance à l’érosion hydrique et d’excellentes propriétés thermiques. Des organisations comme le Centre Africain pour les Villes Durables et des entreprises sociales locales promeuvent la technologie des BTCS à travers le Cameroun. Une maison construite en BTCS à Yaoundé peut afficher des températures intérieures de 5 à 7°C inférieures à une équivalente en béton.
Le bambou transformé : Le bambou est en train d’être métamorphosé. Des techniques comme le bambou lamellé-collé permettent de créer des poutres et des panneaux standardisés et résistants pour les planchers et les murs, adaptés aux bâtiments à étages. Cela ajoute de la valeur à une ressource locale et crée des emplois dans la fabrication verte.
2. Alternatives modernes innovantes :
Le béton de chanvre (Hempcrete) : Bien qu’à ses balbutiements au Cameroun, le béton de chanvre (un mélange de chènevotte, de chaux et d’eau) est une perspective fascinante. Il est à bilan carbone négatif, léger, et offre une isolation et une régulation de l’humidité exceptionnelles. Des projets pilotes sous des climats similaires montrent un immense potentiel.
Matériaux recyclés et valorisés : La tendance se développe. Des briques de bouteilles plastiques remplies de sable sont utilisées pour des murs non porteurs dans des projets communautaires. Des granulats recyclés issus des déchets de construction sont étudiés pour remplacer le gravier vierge dans le béton, réduisant la pression sur les décharges dans des villes comme Douala.
Panneaux préfabriqués : Utilisant des matériaux comme les BTCS ou des déchets agro-industriels (par exemple, la cendre de balle de riz mélangée au ciment), les panneaux muraux préfabriqués accélèrent la construction, réduisent les déchets sur site et améliorent le contrôle qualité.
3. L’impulsion numérique et politique : En tant que « Vibe-Coder », je vois la technologie comme un facilitateur crucial. Des applications pour l’approvisionnement en matériaux, la BIM (Modélisation des Informations du Bâtiment) pour optimiser la conception et réduire les déchets, et des plateformes digitales connectant les fournisseurs de matériaux durables aux constructeurs sont la prochaine frontière. De manière critique, la Stratégie Nationale de Développement (SND30) du Cameroun et l’attention croissante portée à la résilience climatique créent un environnement politique de plus en plus favorable aux normes de construction verte.
Section 4 : La voie à suivre – Perspectives futures pour le Cameroun
L’avenir de la construction durable au Cameroun repose sur une approche multidimensionnelle :
Éducation et changement de mentalité : Le plus grand obstacle est souvent la perception. Nous avons besoin de campagnes pour rebaptiser les matériaux durables, non pas comme des « matériaux du pauvre », mais comme des « matériaux intelligents et d’avenir ». Mettre en avant des villas luxueuses et modernes construites en BTCS et en bambou peut changer la narration.
Normes et incitations : Le gouvernement, à travers le Ministère de l’Habitat, peut montrer l’exemple dans les projets publics.